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Samivel et les Contamines

« Qui mieux que lui a su défendre une certaine idée de la montagne qui est la nôtre ? Durant toute une vie… Il a mis ses multiples talents au service d’une passion dévorante pour ces espaces naturels remplis de lumière et d’émotion. Samivel a été et restera un maître, un modèle, un exemple… En 1967, il publie « Le Fou d’Edenberg » qui lui a valu d’être nominé pour le Goncourt… Sachant éviter le piège de la polémique primaire, il a pu décrire avec justesse et finesse les contradictions du monde alpin, et réhabiliter la poésie, la douceur de la montagne authentique. Ce chef-d’œuvre devrait figurer dans la bibliothèque de tout citoyen attaché à la sauvegarde du patrimoine montagnard. »
F. Labande, président de Mountain Wilderness,  » Hommage à Samivel  » dans le bulletin de février 1992

Samivel : un Contaminard de cœur

Nombreux sont les artistes et les voyageurs furent conquis par la vallée des Contamines-Montjoie et en tombèrent amoureux, et tout particulièrement Samivel qui déclara que « cette vallée était une des plus belles des Alpes ». Né en 1907 sous le nom de Paul Gayet Tancrede, il emprunta son pseudonyme aux « aventures de Mr Pickwick » de Charles Dickens.
Dès son plus jeune âge, il fréquenta les Contamines où sa famille possédait un chalet. Celle-ci faisait partie des premiers vacanciers qui venaient passer de long séjour à la montagne.Sa mère craignait que la terrible maladie respiratoire qui avait emporté son père ne s’acharne également sur son fils, s’il ne prenait pas l’air de la Haute-Savoie. Et c’est aux Contamines-Montjoie que Samivel va être marqué par la beauté de cette nature dont la préservation va devenir le combat de sa vie. Pendant toute sa jeunesse il va découvrir tous les recoins du Val Montjoie et ses multiples chemins de randonnées n’auront bientôt plus de secret pour lui.
Adolescent passionné, il grimpe sur tout ce qui culmine : premier 3000 mètres à 12 ans ; premiers virages à ski à 14 ans ; premier Mont-Blanc à 16 ans. Paul est marqué par la montagne comme d’autres peuvent l’être par la mer.
Alpiniste de haut niveau (admis au « groupe de haute montagne » en 1932 où figurait l’élite de l’alpinisme) il se qualifiait avant tout de « montagnard » bien que né à Paris. Il a donné son nom à un certain nombre de voies d’ascension dans le massif de Tré-la-Tête : le guide Vallot nous relate les premières de Paul Gayet Tancrède entre 1926 et 1941.
Il avait tissé des liens étroits avec un certain nombre de familles du village dans un rapport toujours simple et direct ; il appréciait leur compagnie et disait qu’en protégeant la montagne qu’elles pourraient se maintenir au pays, si ce n’est avec la totalité des activités traditionnelles, tout au moins avec de nouvelles, touristiques ou autres, qui soient dignes de ces hommes courageux et fiers.
Il a beaucoup aimé la vallée des Contamines-Montjoie. Peu avant sa mort, il écrivait, « les Contamines, je les connais par cœur et par le cœur ».
Il est décédé en 1992, en ayant pris soin auparavant de demander que ses cendres soient dispersées sur « Les Dômes de Miage » ce sommet emblématique des Contamines, au pied duquel, il avait établi son camp de base, dans son chalet « l’Armancette », pour ses aventures alpines et artistiques.

Un artiste aux multiples talents

Artiste éclectique, atypique, voire même mystérieux, il a excellé dans tous les genres et fut consacré par de nombreux prix. Aquarelliste, graphiste, écrivain, cinéaste, conférencier, explorateur, poète, conteur, romancier, humoriste, passionné des mythologies grecques, égyptiennes, des sagas nordiques comme celles de l’altitude…  Immense était son talent ! Mais dans quel domaine était-il le plus admiré ? Comme écrivain, comme aquarelliste, comme dessinateur avec ses clins d’œil malicieux ? Qui saura jamais quel plaisir il aura donné dans chacun de ces différents domaines ?

Illustrateur

Sa carrière d’imagier débute en 1928 par une collaboration à des revues d’alpinisme, dont La Vie alpine, puis naît le précieux Sur les planches et Sous l’œil des choucas où se retrouvent la montagne et l’humour. Plus tard, c’est L’Opéra de pics d’un ton plus philosophique que préfacera Jean Giono. Samivel illustrera de grands auteurs : François Villon, Rabelais, Jean de La Fontaine, … etc. Il écrira et illustrera des albums pour enfants : Brun l’Ours, Les malheurs d’Ysengrin, Goupil, etc.

Écrivain

L’écrivain commence à pointer sous les images. Son premier récit L’Amateur d’abîmes paraît en 1940 et sera régulièrement réédité jusqu’à nos jours. Après la seconde guerre mondiale, il collabore aux Nouvelles Littéraires. Il y écrira des articles et des nouvelles. Il en illustrera la première page avec des dessins très humoristiques sur les arts et les lettres. L’écrivain marquera une prédilection particulière pour les nouvelles.
Un roman,toujours d’actualité, « Le Fou d’Edenberg » lui vaut d’être nommé pour le prix Goncourt. À noter aussi les ouvrages « Les grands cols des Alpes », « La grande ronde autour du Mont-Blanc ». « Hommes, cimes et dieux » est, quant à lui, consacré aux grandes mythologies de l’altitude et à la légende dorée des montagnes à travers le monde et fut récompensé par le prix Louis-Barthou de l’Académie française. Il a été traduit en plusieurs langues notamment en anglais, allemand et italien, espagnol, polonais, islandais.

Explorateur, cinéaste

Il accompagne Paul-Émile Victor dans la première expédition française au Groenland en 1948 et réalise trois films documentaires sur cette expédition. Ensuite, c’est la période des voyages dont il rapportera à la fois des films et des livres. Il réalise un film sur la beauté de la nature alpestre Cimes et merveilles (1er prix International du film de montagne au Festival de Trente – Italie – en 1952). Plus tard, Samivel voyage en Egypte,  en Grèce, en Islande et il réalise à chaque fois un film qui évoque le passé, l’aventure d’une civilisation, les grands décors naturels et les œuvres d’art.

Aquarelliste

Cependant le Samivel graphiste n’a jamais cessé d’être fasciné par le monde de l’altitude. Ses aquarelles de neige et de haute montagne, proches de la vision des peintres extrême-orientaux sont exposées dans différents musées et galeries. Son œuvre est célèbre et fort recherchée.  Les grands parcs nationaux et les acteurs du monde de la montagne ont compris très vite la force de ces œuvres pour sensibiliser à la protection de la nature et ont fait appel à Samivel pour les représenter. (Parc de la Vanoise, parc des Ecrins, EMHM,…).

La protection de la nature : le combat d’une vie

Samivel fut un véritable visionnaire en matière d’écologie, de développement durable dès les années 1930. Il confiait au quotidien Le Progrès en 1974 « Dès 1938 alors que les problèmes d’environnement étaient totalement méconnus, j’ai pris conscience de leur urgence.  Aujourd’hui, le problème est encore plus grave, il ne nous reste plus que 5 ans avant que le processus irréversible de dégradation de la biosphère soit engagé…  Mon film « Cimes et Merveilles » tourné en 1952 et revisité en 1973 met en scène la splendeur de la nature alpine, sa faune, sa flore, ses habitants, alpinistes ou paysans. Il a pour but de mobiliser l’opinion publique ; or demain il sera trop tard… De fait, la beauté de ces images émerveille mais en même temps elles font peur. Pourrions-nous vivre encore, sans la sécurité que confère leur existence, si elles venaient à disparaître ? Car la beauté est aussi nécessaire à l’esprit que les aliments le sont au corps ».
Lors de l’expédition au Groenland en 1948, il réalise une aquarelle sur laquelle, il met en lumière les risques du réchauffement climatique en mettant en scène un ours polaire piégé sur morceau de glace qui vient de se détaché du continent et qui s’éloigne du continent.
La préservation de la nature est le thème central de toute l’œuvre de Samivel, quel que soit le support utilisé (livre, film, aquarelle,…). Parmi les affiches qu’il a réalisées, on peut citer « Objectifs de déclaration de Katmandou », « Sauvons la montagne », « Gardez la intacte »..
En 1963, il fait partie des instigateurs de la création du Parc National de la Vanoise dont il réalise la médaille et l’affiche. Il écrit à cette occasion les commandements du Parc National.

« Le Parc National protège contre l’ignorance et le vandalisme
Des biens et des beautés qui appartiennent à tous.
Les défenseurs de la vie sont les amis du Parc National.
Les amis du progrès et de la paix sont les amis du Parc National.
Les sportifs, les artistes et les savants sont les amis du Parc.
Voici l’espace. Voici l’air pur. Voici le silence.
Le royaume des aurores intactes et des bêtes naïves.
Tout ce qui vous manque dans les villes
Est ici réservé pour votre joie.
Eaux libres : Hommes libres.
Ici commence le pays de la liberté.
La liberté de se bien conduire.
Les Inconscients ne respectent pas la nature.
Ils croient se grandir en la polluant
Et ne savent même pas qu’elle se venge.
Puisez dans le trésor des hauteurs
Mais qu’il brille après vous pour tous les autres.
La faiblesse a peur des grands espaces.
La sottise a peur du silence.
Ouvrez vos yeux et vos oreilles. Fermez vos transistors.
Pas de bruits. Pas de cris. Pas de moteurs. Pas de klaxons.
Ecoutez les musiques de la montagne.
Les vraies merveilles ne coûtent pas un centime.
La marche nettoie la cervelle et rend gai.
Enterrez vos soucis et vos boites de conserves.
Un visiteur intelligent ne laisse aucune trace de son passage.
Ni inscriptions. Ni destructions. Ni désordre. Ni déchets.
Les papiers gras sont la carte de visite des mufles.
Récoltez de beaux souvenirs mais ne cueillais pas les fleurs.
N’arrachez surtout pas les plantes, il pousserait des pierres.
Il faut beaucoup de brin d’herbes pour tisser un homme.
Ravageur de forêts : mauvais citoyens.
Qui détruit le nid vide le ciel, rend la terre stérile.
Ennemi des bêtes : Ennemi de la vie : Ennemi de l’avenir.
Oiseaux, marmottes, hermines, chamois, bouquetins.
Et tout ce petit peuple de poil et de plume
Ont désormais besoin de votre amitié pour survivre.
Déclarez la paix aux animaux timides.
Ne les troublez pas dans leurs affaires
Afin que le printemps futurs réjouissent encore vos enfants.
Défense ici de chasser, sauf aux images.
N’allumez pas de feu au hasard. Ne campez pas n’importe où.
Certains gestes irréfléchis peuvent tout compromettre.
Le Parc National c’est le jardin des Français.
Et c’est aussi votre héritage personnel.
Acceptez consciemment, de bon cœur, ses disciplines
Et gardez-le vous-même contre le vandalisme et l’ignorance. »

Sur les pas de Samivel : un lieu culturel en pleine nature

panneau2Compte tenu de la qualité artistique et humaine de Samivel et de l’attachement réciproque entre lui et le village, la commune des Contamines-Montjoie a aujourd’hui la volonté de lui rendre un hommage particulier.  Sur un espace vert de plus de 2 000 m² au centre du village, sur lequel l’artiste aimait se promener et méditer, la commune a œuvré à la mise en place d’une exposition permanente d’une partie de son œuvre.  Cet espace qui appartient à la commune se situe juste à l’arrière de l’église baroque de la Trinité et ouvre une vue à 360° sur les sommets environnants.
Cette création répond, à différents niveaux au message laissé par l’artiste. Ce terrain va demeurer un lieu de verdure, de calme, de silence, face aux sommets. Le choix de réaliser cet espace en plein air replace les aquarelles au milieu des montagnes. Les sommets de la vallée viennent se juxtaposer aux sommets dessinés par l’artiste. Les supports utilisés sont le plus simple possible : du verre, de la pierre et du bois. De plus la commune a fait le choix de travailler avec l’atelier Esope basé à Chamonix. Cet atelier d’imprimerie a longtemps collaboré avec Samivel pour l’impression de ses affiches et connait l’exigence qu’avait l’artiste pour le respect les couleurs tellement délicates pour les aquarelles. Enfin, cet espace ouvert à tous continuellement permet d’offrir au sein d’une station de sports d’hiver, une pause culturelle, de réflexion et de méditation. Il vient apporter à ceux qui fréquentent les sommets pour le sport ou le dépaysement, le plaisir de découvrir ou de redécouvrir Samivel.
Ce jardin est animé de 13 grands panneaux de verre sur lesquels seront reproduites quelques-unes des aquarelles de Samivel complétées de citations puisées dans ses œuvres.  Un double panneau d’accueil comporte pour sa part les principales informations biographiques de l’artiste en trois langues (français, anglais, italien). L’espace extérieur devant le presbytère, l’actuel jardin du curé, aura pour vocation à devenir un espace culturel d’animation pouvant accueillir des classes (l’exposition peut nourrir de nombreux ateliers et projets pédagogiques), des peintres et sculpteurs, des formations musicales, des conteurs, des lectures etc.
Outre son caractère culturel intrinsèque, le Jardin de Samivel est de plus un agréable «point d’intérêt» pour les milliers de randonneurs de toutes nationalités qui empruntent chaque année les sentiers du Tour du Mont- Blanc qui passe par les Contamines-Montjoie.
Ce lieu est le seul endroit en France où des œuvres de Samivel sont visibles, de façon permanente.  Ces aquarelles laissent peu de monde insensible et les personnes qui les découvrent, deviennent bien souvent des admirateurs de l’artiste.
Les travaux d’aménagement ont débuté en ce printemps 2013. Les blocs de pierre et les panneaux ont été installés au cours de l’été. L’opération de réhabilitation du presbytère interviendra dans un second temps. L’étage du presbytère attenant au jardin sera consacré au développement d’un espace muséal couvrant de manière plus détaillée et ouverte l’œuvre complexe de l’artiste.

Samivel a vraiment marqué plusieurs générations du monde de la montagne. Tout comme son ami Roger Frison-Roche, il a sans doute fait naître bien des vocations alpines à travers son œuvre foisonnante.  Il n’a cessé de chanter la Montagne en déployant les multiples palettes de son talent : certains parlent de Samivel pour la magie des mots, d’autres pour la magie du pinceau, tous pour le génie de « l’œil émerveillé ». La réalisation du Jardin Samivel s’inscrit dans les préoccupations environnementales actuelles en mettant en lumière l’œuvre de toute une vie consacrée à la montagne et à la protection de la nature.

« Il existe un monde d’espace, d’eau libre, de bêtes naïves où brille encore la jeunesse du monde et il dépend de nous, et de nous seuls, qu’il survive »  (Samivel)